Voyage : partir serein en protégeant ses proches

Voyage, partir serein en protégeant ses proches

Isabelle avait toujours eu une petite appréhension en montant dans l’avion. Elle avait beau se répéter, chaque fois qu’elle devait enregistrer ses bagages,  que c’était le moyen de transport le plus sûr, elle ne pouvait s’empêcher de stresser quelques instants en imaginant qu’à 900km/h, et 10 000 mètres d’altitude, elle ne contrôlait forcément plus rien.

Tout était entre les mains de la tour de contrôle et des anges gardiens présents dans le cockpit.
A chaque départ en province ou dans un autre pays, Isabelle s’imaginait des scénarios franchement effrayants. Les quelques crashs aériens présents régulièrement dans l’actualité ne facilitaient pas son quotidien. Elle s’inquiétait pour elle, mais aussi et surtout pour sa famille.

Comment vivraient-ils cela ? Que se passerait-il si elle prenait un jour un de ces nombreux avions qui la menaient chaque semaine à des milliers de kilomètres de ce qu’elle avait de plus cher dans sa vie, et cette fois ci, ce serait la dernière fois.
Parce qu’il fallait bien appeler un chat un chat. On pense toujours à cette éventualité lorsque l’on met les pieds dans un aéroport, que l’on soit un passager ou une famille attendant un atterrissage.

Comme dans les films, son mari l’attendrait à l’aéroport en n’ayant que peu d’information sur un éventuel retard. Puis une voix grave se ferait entendre dans un micro « les familles et amis du vol AA 895 sont invitées à se présenter d’urgence dans le hall numéro 5 ».
On leur annoncerait enfin que l’avion transportant un mari, un frère, un collègue ou des enfants se serait « abîmé en mer » car dans ce cas précis, on ne parle jamais de crash d’avion, le mot « abîmé » est certainement plus doux pour annoncer une nouvelle atroce.

Pourtant, Isabelle avait la tête sur les épaules. Une vie familiale très bien organisée, un travail lucratif et très valorisant, rien ne pouvait ébranler cette existence réglée comme sur du papier millimétré. Rien ne devait perturber un quotidien sous contrôle. Hormis ce jour là où pour la première fois de sa vie, en dehors de ces instants récurrents d’appréhension, Isabelle était en proie à un affreux doute. Et si il lui arrivait quelque chose cette fois-ci ? Comment allait-elle pouvoir passer 5 heures dans un avion sans contrôler son existence, comment se rassurer, avait-elle réellement tout prévu ?
Non. Elle avait manifestement oublié quelques petits détails, entre le contrat de mariage ou l’assurance sur le prêt immobilier, l’argent de côté pour les vacances ou le projet d’une maison de campagne dans les dix prochaines années, tout avait été pensé en matière de vie heureuse mais pas en matière d’après. Après la vie.

Qui s’occuperait des enfants ? Est ce que son mari allait pouvoir faire face ? Qui organiserait les obsèques ? Et s’il arrivait aussi quelque-chose à son mari ? Autant de questions qui se succédaient les unes après les autres avec une certaine angoisse, elle ne comprenait pas pourquoi elle avait fait preuve d’autant de déni. On ne peut pas se voiler la face éternellement, surtout lorsque l’on agrandit la famille et que l’on n’est plus simplement responsable de sa seule vie mais de celle de deux petits êtres complètement dépendant de notre bon vouloir. Les aimer c’ était aussi les protéger, les mettre à l’abri financièrement et émotionnellement.

Assurances, indemnisation, Isabelle pris quelques instants pour consulter des liens sur le sujet. Les crash d’avion sont souvent des événements spectaculaires et provoquent dans l’imaginaire collectif une sensation d’injustice et d’anxiété. Pourtant, les statistiques nous prouvent régulièrement qu’un avion est le moyen de transport le plus sûr et loin devant l’automobile. Le crash reste effroyable par le nombre élevé de personnes décédées en même temps et surtout parce qu’il est souvent peu probable d’en sortir vivant.

Lors de ces accidents, les compagnies aériennes se retrouvent face à la responsabilité issue de la Convention de Montréal de 1999 ( selon les vols effectués entre les pays ayant signé cette convention ) et de la réglementation européenne (datant de 1997 et modifiée en 2002) qui elle s’applique aux transporteurs européens. La règle est simple : le transporteur est présumé responsable de ses passagers, une compagnie aérienne sera donc toujours tenue responsable des dommages corporels ou des décès de ses passagers en cas d’accident.

L’indemnisation des victimes et familles de victimes (dans le cas d’absence de survivants) se ferait au travers de transactions ou de procès, et les montants décidés en fonction du préjudice de chacun et de la responsabilité de la compagnie dans l’accident, avérée ou non.

Isabelle avait bien conscience de tout cela. Ce dont elle n’avait en revanche pas prévu, c’est son ressenti, ce moment d’incertitude la concernant. Oublié le self-control et le zéro défaut. Une faille venait de s’ouvrir là, tout de suite à quelques minutes de l’embarquement, son cerveau était en train de s’y engouffrer et ses pensées virant à l’obsessionnel, il était impossible pour elle de voyager désormais sans régler quelques formalités administratives.

Etait-ce la quarantaine ? L’image de ses enfants entrant dans l’adolescence mais pourtant si vulnérables, de son mari aimant et solide mais certainement pas indestructible. De sa famille si présente mais comptant régulièrement sur elle pour tout régler, tout organiser ? Comment avait-elle pu faire pour négliger ces formalités pourtant évidentes ?
Isabelle prit sa petite valise cabine et se dirigea vers le comptoir. Elle pouvait bien annuler son départ et c’est une certitude, la terre ne s’arrêterait pas de tourner pour autant.
Que valaient quelques heures de décalage et une équipe de direction mécontente d’un petit retard de signature de contrat contre l’assurance de protéger sa famille ?
Anticiper, c’était aussi contrôler son quotidien.

Sophie

Rédactrice Web Freelance

De formation littéraire, Sophie a travaillé durant une quinzaine d’année au sein de l’événementiel et de la télévision. Une reprise d'études en 2010 en licence de psychologie lui donne envie de créer sa structure de rédactrice indépendante pour plusieurs plateformes. Elle est chroniqueuse sur des sites comme AlloLeCiel, Scribium (exSuite 101) ou le blog de Testamento.