Psychogénéalogie, partir sur les traces de notre premier héritage

Psychogénéalogie, partir sur les traces de notre premier héritage

Psychogénéalogie, partir sur les traces de notre premier héritage

Geneanet.org, genealogie.com, voilà autant de sites qui sont aujourd’hui mis à notre disposition pour nous plonger dans nos origines et entamer un arbre généalogique. Retrouver ses racines, découvrir des prénoms, des lieux de naissance, des ancêtres insoupçonnés. La généalogie est désormais la nouvelle passion des français.

Psychogénéalogie

Psychogénéalogie

Les logiciels ou les ouvrages traitant de la question ne sont pas en reste, et même sur des sites de retrouvailles d’anciens élèves, on nous propose de réaliser notre arbre généalogique pour l’intégrer à son profil. La généalogie rassure, rassemble, rappelle que l’on vient d’une famille qui peut encore se révéler unie quand dans certains cas elle ne fait qu’éclater de toutes parts : séparations, divorces, familles recomposées. Les valeurs familiales sont de plus en plus éprouvées. Se retrouver autour d’une réunion familiale, d’une cousinade, quoi de plus régressif et rassurant ?

Au beau milieu de cette passion et de l’engouement suscité, émerge depuis quelques années une technique utilisée désormais par des psychothérapeutes et qui se base principalement sur les ressources de la généalogie.

Cette technique, appelée « psychogénéalogie » part du postulat que nos problèmes psychiques et quelquefois physiques (psychosomatiques) peuvent trouver un écho dans notre passé. Secrets de famille, non-dits, passé caché volontairement ou non, drames familiaux éludés, minimalisme de certains événements marquants, une personnalité se construit en portant à l’intérieur de son psychisme une sensibilité liée à un passé familial pas toujours heureux.

Les origines de la psychogénéalogie

« La psychogénéalogie est un art et une science. C’est une démarche qui nous permet de comprendre et d’utiliser au mieux notre héritage psychique, ou si besoin est, de le transformer. Elle s’appuie sur la psychanalyse étendue aux liens transgénérationnels et sur la technique psychosociologique du génosociogramme, arbre généalogique augmenté des liens et des faits de vie importants ».
Anne Ancelin-Schützenberger – Psychogénéalogie – Guérir les blessures familiales et se retrouver soi. (Editions Payot 2009)

Psychogénéalogie : Anne Ancelin Schützenberger

Psychogénéalogie : Anne Ancelin Schützenberger

C’est dans les années 80 qu’Anne Ancelin-Schützenberger fait émerger la psychogénéalogie.
Eminente psychothérapeute spécialisée en communication non-verbale, Anne Ancelin-Schützenberger s’est intéressée à l’histoire familiale de patients atteints de cancer. Certains avaient développé exactement la même pathologie que leurs parents au même âge.
Pour réussir à comprendre ce phénomène de répétition, elle a souhaité créer le « génosociogramme », un arbre généalogique ne se résumant pas simplement à l’état civil de ses ancêtres, il mentionne plus précisément tous les événements de vie marquants qui peuvent se dérouler sur plusieurs générations.

Une fois identifiés et répertoriés, on se rend compte que certaines situations ont tendance à se reproduire, on parle alors de phénomène de répétition.

Répétition familiale et « syndrome d’anniversaire »

Psychogénéalogie : Rien ne s'oppose à la nuit Delphine de Vigan

Psychogénéalogie : Rien ne s’oppose à la nuit Delphine de Vigan

On ne fait pas que léguer à ses enfants ce qui est inscrit sur un testament. Biens immobiliers, terrains, comptes bancaires fournis ou dettes à honorer, meubles et bijoux de famille, un héritage ne se résume pas à son expression matérielle. Il existe un héritage psychique et familial qui se transmet de générations en générations. Des événements de vie qui se répètent inlassablement, comme un éternel recommencement à l’intérieur d’une famille qui se sent quelquefois accablée par une sorte de malédiction, de fatalité familiale. On parle alors de familles de suicidés, de familles à cancer.
On appelle « syndrome d’anniversaire », tout événement heureux ou malheureux qui se passe au sein d’une famille au même âge, date ou période particulière. Par exemple, une jeune femme qui subira son premier avortement au même âge que celui précédemment subi par sa mère. Un décès lié à une maladie particulière également contractée au même âge par un de des ascendants. Des cauchemars qui reviennent chaque année à la même période qui coïncide avec la date d’anniversaire de la mort d’un ami ou d’un parent dans des circonstances tragiques.
Apprendre à repérer dans notre histoire personnelle ces événements en se penchant sur son passé et même sur son présent car la répétition se fait aussi dans le présent. S’interroger sur ces phénomènes est déjà une façon de progresser sur ce qui pourrait déboucher en une réparation. Identifier un traumatisme familial, le mettre en corrélation avec des maux pour réussir à entamer un deuil, un « nettoyage symbolique » de son arbre généalogique et reprendre la main sur sa propre vie.

Réaliser son génosociogramme

Psychogénéalogie

Psychogénéalogie

Un génosociogramme s’organise sur le même principe qu’un arbre généalogique. Il sera complété, en plus des informations de base (nom, prénom, dates de naissance et de décès, lieu de vie) par les événements de vie qui ont marqué chaque personne. Ces événements de vie peuvent être dramatiques, ou importants, c’est à dire qu’ils coïncident avec une période particulière de l’histoire (exemple : naître le 6 juin 1944, le jour de la libération de la France par les alliés).
D’autres éléments viendront s’ajouter à cet « arbre de vie » au gré des personnalités et des époques qui le constitueront :  tout événement de vie connu ou découvert sur le tard et susceptible de rester dans un inconscient familial. Bien souvent il s’agit d’événements dramatiques.  Ces informations peuvent concerner la sexualité, la mortalité infantile, la gémellité, le célibat, le suicide, l’avortement, les fausses couches,  les divorces, les enfants naturels, les remariages, les maladies, les morts accidentelles, les périodes de guerre, les éloignements, les conflits conjugaux, les disparitions, les abandons, les période de vie en pensionnat, les naissances difficiles, les hospitalisations, les séjours en maison de repos, en psychiatrie, et quelquefois en prison, les données physiologiques particulières (aveugle, sourd, muet, amputé d’un bras pendant la guerre, né avec un seul rein, ne peut pas voir d’enfants…) la liste est non exhaustive.
Un lien est à établir entre les prénoms qui se transmettent également de générations en générations. Il est important de se questionner sur la décision de ce prénom. Par qui a-t-il été donné et pourquoi ?
La tâche peut paraître irréalisable, mais il faut envisager son génosociogramme comme une plongée dans l’histoire, dans sa propre histoire pour mieux se préparer à sa transmission. Plus la tâche avancera, plus elle apparaîtra simple et limpide.
Au milieu des chemins chaotiques du passé, tracer don génosociogramme permet aussi de mettre en lumière celles et ceux qui ont eu une influence bénéfique sur le devenir de son propre chemin de vie. Des tuteurs de résilience qui ont oeuvré pour une vie meilleure en distribuant attention, affection, patience, écoute, espoir, encouragement. Les mauvaises expériences du passé invitent souvent au souvenir du petit détail qui fait que l’on s’en est finalement sorti pour en témoigner aujourd’hui.

« Rien ne s’oppose à la nuit », de Delphine de Vigan

Dans son ouvrage récompensé entre autre par le prix Renaudot des Lycéens et le Prix France Télévision en 2011, Dephine de Vigan, romancière à succès, est allée se plonger dans son histoire familiale en cherchant à retracer et surtout à comprendre ce qui avait bien pu s’y dérouler pour que Lucile, sa mère, décide un jour d’en finir avec la vie.
Se mettre en quête de sa propre histoire, c’est aussi bousculer l’histoire de toute une famille. Poser des questions, c’est pour certains, ne pas avoir envie d’entendre les réponses. Risquer de se fâcher, faire remonter des souvenirs difficiles, ceux là même que l’on a parfois envie d’oublier jusqu’au plus profond de son cerveau.
A travers ses réminiscences, Delphine de Vigan nous entraîne dans un voyage familial tragique, un chemin de vie où l’on mesure le poids de l’héritage psychique au point que l’auteure en arrive à s’interroger au beau milieu de l’ouvrage :
« Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la psychogénéalogie ni aux phénomènes de répétition transmis de génération à une autre (…) J’ignore comment ces choses (l’inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent. Le fait est qu’elles traversent les familles de part en part, comme d’impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni ». (Page 283).
« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. (…)
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence »

Sommes nous prêts à entamer une psychogénéalogie ?

Avons nous réellement envie d’investiguer notre passé pour tenter d’expliquer un présent ? Car il s’agit là ni plus ni moins que d’un réel travail d’investigation, une enquête minutieuse dont on n’est pas forcément certain de sortir indemne en découvrant des secrets de famille jusqu’alors enfouis dans des dossiers, des livrets de familles, des registres de cimetières ou des malles poussiéreuses.
L’avantage de cette science, c’est qu’elle peut trouver certaines limites qui, si elles se révèlent effrayantes, ne sont pas obligatoires à franchir.
On peut décider de s’arrêter, de faire une pause, on peut aussi se heurter à un mur et arriver au bout de notre progression par manque d’information. Attendre que la vie fasse son oeuvre pour continuer après un décès. Un appartement qui se vide et des nouveaux documents qui vont parler.
Plonger dans son passé peut devenir l’aventure d’une vie jusqu’au point de la changer en mieux  et au final, réussir à transmettre à celles et ceux qui nous succéderont, un héritage sain et débarrassé d’un passé qui nous était jusque là bien trop lourd à porter.

Sophie Farrugia