Evolution des pratiques funéraires avec internet et à travers le temps

Evolution des pratiques funéraires avec internet et à travers le temps

Evolution des pratiques funéraires avec internet et à travers le temps

Le temps nous apprend bien des choses, et la vie tout autant. D’ailleurs les deux sont complémentaires et lorsqu’il nous arrive des épreuves marquantes dans notre existence comme un décès, on a le besoin de célébrer cette perte, seul ou avec ses proches. Cela s’appelle des pratiques funéraires. Pratiques funéraires qui ont toujours existé et qui ont su évoluer avec le temps et aujourd’hui avec internet.

Quels changements de pratiques funéraires, et pourquoi ?

Quand on perd un proche, il arrive alors toute une suite de pratiques, quelles soient religieuses ou non, on a le besoin de célébrer un décès, de l’accepter et commémorer la mémoire du défunt par ce que l’on appelle des pratiques funéraires.

 

Les pratiques funéraires, qu’est-ce que c’est ?

pratique funéraire_Egypte

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En parlant de pratiques funéraires, on parle de rite. Le terme “rite” vient du latin ritus, qui désigne lui-même un ensemble de règles au sein d’une société ou d’une communauté, dans ce sens ce sont alors des pratiques réglementées, codifiées, instaurées bien souvent dans une religion mais pas forcément. On peut donc dire qu’en général un rite est un cérémonial, c’est-à-dire des pratiques organisées par la loi ou les coutumes, un rite peut donc être religieux, civile ou politique. Du moment à ce que les pratiques soient codifiées du registre du sacré ou du symbolique, ce sont des rites et non plus seulement des pratiques.
Il ne faut également pas confondre rite funéraire et rituel funéraire, car à la différence d’un rite, un rituel est davantage une habitude de vie, parfois quotidienne.

Pourquoi parle-t-on alors de pratiques funéraires et de rites ? Les pratiques sont associées à des codes, elles ne dépendent pas forcément de règles religieuses ou d’une société, elles peuvent être distinctes à une personne. Vous pouvez par exemple avoir la pratique de regarder une photo en particulier un jour précis dans l’année, à une heure précise, ce ne sera pas un rite car vous serez le seul à le faire, alors que si vous allez à l’église pour un enterrement, il ne s’agit pas seulement d’une pratique mais d’un rite, car c’est une règle religieuse que l’on fait selon des codes que l’on doit respecter au sein d’une société. Les gestes d’un rite sont alors tous emplis de symboles, et c’est dans ce sens qu’un rite est une forme de pratique et constitue plusieurs rituels.

Pour revenir au rite funéraire, il y a dans ce sens une multitude de rituels qui sont regroupés et organisés comme le fait de se rendre à une cérémonie à l’église et écouter une messe, se rassembler au funérarium, disperser les cendres, mais cela peut également aller jusqu’à un repas ou une collation ensemble, la famille et les proches en l’honneur du défunt.

Pourquoi les rites existent-ils ?

Que cela vienne de la préhistoire ou aujourd’hui de la crémation, en passant par des rituels très spécifique, les pratiques funéraires sont certes différentes selon les époques et les cultures mais ont toujours existé. Ces pratiques ne sont pas seulement des rites que l’on doit respecter en fonction d’une société ou d’une religion, elles sont nécessaires pour commencer son deuil et passer cette étape. L’ethnologue Arnold Van Gennep nous dit qu’il s’agit d’un rite de passage par étape :

  • l’étape de séparation d’avec le défunt par le décès avec la vérification et l’annonce du décès ;
  • l’exposition du défunt avec une veillée, un convoi funéraire, une messe, ou encore l’inhumation ou la crémation ;
  • l’agrégation ou autrement dit la réunion des proches, le rassemblement par des commémorations, des repas de famille chaque mois, année etc.

Il semblerait alors qu’on ait toujours eu besoin de célébrer nos morts, ensemble, et de montrer du respect en commémorant la mémoire du défunt. C’est la raison pour laquelle il a rapidement été nécessaire d’instaurer des règles, des codes.

Alors bien sûr les pratiques funéraires n’ont pas toujours été les mêmes et ont sans cesse évolué. Mais nous retrouvons tout de même des similarités dans les rites. Ce n’est pas tant la pratique en elle-même mais la manière dont on l’exécute qui a changé. Par exemple pour l’inhumation autrement dit l’enterrement, cette pratique qui est une des plus communes a presque toujours existé, mais d’une manière différente. Au temps de la préhistoire on recouvrait le corps de pierres, chez les égyptiens on embaumait, recouvrait de bandelettes, puis mettait dans un sarcophage le corps du défunt. Au final si on y réfléchit, on a toujours voulu cacher le corps, le recouvrir, le protéger ou le mettre dans un lieu que pour lui.

Bien sûr il y a des cultures où les pratiques étaient totalement différentes, mais en général on observe que les idées restent tout de même proches. Seulement les rites en eux-mêmes changent. Aujourd’hui on se retrouve par exemple face à une augmentation des crémations, et les rites religieux sont un peu réduits principalement dans les pays occidentaux, surtout en Europe, dû à de multiples facteurs comme le fait de ne plus être forcément croyant pratiquant, des changements de lieu de vie depuis son foyer familial, des échanges internationaux, et l’arrivée d’internet, en partie.

Les impacts d’internet sur notre quotidien

En effet si on parle d’internet ici c’est parce que nos pratiques funéraires générales évoluent, et on se retrouve aujourd’hui face à de nouveaux types d’échange à distance avec une facilité et une rapidité imbattables. Alors désormais on prend peut-être moins le temps de voir la famille aussi souvent en direct, on échange des mails ou des sms, et probablement que les pratiques, les rites traditionnels s’en trouvent impactés. On peut alors observer de nouveaux phénomènes tels que sur les réseaux sociaux. On échange énormément de contenus en ligne, sur soi et sur sa vie personnelle, et alors notre visibilité n’est plus seulement physique si l’on peut dire, mais aussi numérique. Ainsi lorsqu’on décède, on ne décède plus seulement physiquement, on décède également numériquement. Et les réseaux sociaux sont les plus à même de le démontrer : aujourd’hui on peut voir un proche décéder mais apparaître toujours sur internet post-mortem.

On appelle cela une identité numérique post-mortem. Cette identité serait donc non seulement complémentaire de notre identité dite civile, mais variante dans le sens où sa présence n’est pas la même puisqu’elle est indirecte. Par exemple lorsqu’on décède on disparaît, on ne voit plus le défunt dans son quotidien, il s’agit d’une réelle absence, alors que sur internet on se crée une visibilité qui n’est pas automatique comme la naissance, et donc quand on meurt il faut agir pour disparaître, on ne disparaît pas naturellement. Cela provoque alors plusieurs effets non négligeables, pas seulement sur le quotidien mais sur la manière dont on considère les choses et les événements de la vie.

Pratiques funéraires : quels impacts avec ces changements ?

Internet provoque donc des changements dans la vie quotidienne, mais aussi dans de multiples comportements comme celui de la perception du deuil. On va sur internet pour faire pratiquement tout : des échanges de contenu, du stockage de données, de la recherche d’information en passant par des achats, tout en se créant tout un environnement personnel. Ainsi pour faire le lien avec les pratiques funéraires, elles aussi sont concernées car on observe de nouveaux phénomènes qui changent non seulement la perception que l’on a de la perte d’un proche mais aussi des pratiques funéraires en elles-mêmes.

On se retrouve donc face à une persistance des traces : une personne décède et on voit toujours son compte Facebook actif, ou sa présence sur internet sur de multiples sites, ce qui provoque de nouvelles pratiques. Désormais on peut trouver des mémoriaux en ligne : une page dédiée au défunt avec sa photo, sa description etc. Mais ici on peut alors échanger des messages, écrire au défunt, poster des photos, ou encore mettre des musiques. Alors le cimetière n’est plus le seul lieu de recueillement auprès d’un défunt. Cela peut donner l’impression d’aider dans l’acceptation de la perte d’un être cher, mais à contrario cela peut ralentir le processus de deuil. La perte d’un proche passe par son absence, un manque qui provoque toute cette période de deuil qu’il faut affronter pour continuer à vivre. Mais avec internet et principalement les réseaux sociaux cela peut masquer cette absence jusqu’à la gommer.

On peut alors observer une ambivalence entre le développement dans le choix des outils et de la possibilité d’échanger avec internet, dû aussi au développement de la société qui crée de nouveaux besoins, et sur les conséquences de cette instantanéité dans le freinage du processus de deuil. Du flou de distinction de la réalité et du virtuel qui peut provoquer des changements non pas seulement dans les pratiques mais dans la perception que l’on a des événements de notre vie.

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Orianne

Responsable partenariats et recherche à Testamento

Diplômée d’un Master en Information et Communication spécialité Communication des Organisations, Orianne a eu des expériences en presse, journalisme, et en événementiel. Elle occupe actuellement un poste à double compétence professionnelle et recherche, à travers un doctorat en alternance avec Testamento sur le thème de l'identité numérique post-mortem.