Les e-Interviews Testamento | Isabelle Autissier

Les e-Interviews Testamento | Isabelle Autissier

Une nouvelle e-interview sur la succession

Les e-interviews Testamento sur la succession consistent à interroger des personnalités (économiste, journaliste, chef d’entreprise, médecin, sociologue, artiste, sportif de haut niveau). Ceci dans le but de mieux cerner ce que nous entendons à travers ce mot si mal connu : succession !

Isabelle Autissier

Isabelle Autissier, de formation ingénieur agronome, est une navigatrice française. Elle aura été la première femme à accomplir un tour du monde en compétition (en 1991). Elle aura aussi pulvérisé le record New York-San Francisco à la voile via le Cap Horn en équipage (en 1994). Isabelle Autissier est aussi une autrice. Elle a publié une douzaine d’ouvrages, dont notamment Kerguelen, le voyageur au pays de l’ombre (2006) et Seule la mer s’en souviendra (2009), qui ont été primés. Plus récemment avec Oublier Klara, elle a obtenu le prix Femina du roman en 2019. Membre de différentes organisations, elle est depuis des années présidente de la branche française du WWF (World Wide Fund). Le WWF est l’une des plus importantes organisations de protection environnementale.

Isabelle Autissier répond à nos questions sur la succession

Stéphane Girardot (SG) : Bonjour Isabelle Autissier, pouvez-vous vous présenter ?
Isabelle Autissier (IA) : Bonjour, j’ai ce grand plaisir d’être présidente de cette belle organisation, le WWF France, depuis maintenant presque onze ans. C’est une organisation qui s’attache à faire en sorte que l’homme puisse continuer à vivre bien correctement sur cette planète et surtout en harmonie avec la nature qui nous porte. Donc c’est un beau combat dont je suis très fière.

SG : Quel héritage transmet-on ?

IA : On transmet un héritage extrêmement riche et varié. Et heureusement, puisque nous sommes tous les descendants d’un certain nombre de personnes et nous avons tous des descendants, même si ce n’est pas forcément en ligne directe.
On transmet bien sûr des biens matériels, cela compte. Je crois aussi, qu’à l’intérieur de ces biens matériels et je suis très touchée directement car j’ai perdu mon papa il n’y a pas très longtemps, il y a les biens symboliques. Il y a le petit objet. Pour moi c’était le couteau, le Laguiole de mon papa qu’il avait toujours sur lui, avec lequel il bricolait. Cela peut-être des petites choses qui, tout d’un coup, font revivre une personne. Cela je crois que c’est important et quand on pense soi-même à ce que l’on va léguer, on va aussi léguer tout l’amour qu’on a eu pour les gens. Toute l’attention qu’on a eu pour ses descendants. Toutes les petites histoires qu’on a vécues en commun.
C’est toute une richesse. Tous les apprentissages qu’on a fait, soit quand on était enfant avec ses grands-parents, soit quand on était grand-parent, avec ses petit-enfants. C’est tout un ensemble finalement, c’est la chaîne humaine qui se transmet et qui évolue de génération en génération.

SG : Doit-on anticiper sa propre succession ?

IA : Je pense qu’anticiper sa propre succession, c’est très bien parce que cela permet de se mettre au clair. Quand vous réfléchissez à ce que vous voulez léguer, vous allez prendre vous-même les décisions. Et l’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. On prend les décisions de ce que l’on lègue matériellement. Mais aussi des donations qu’on va faire à des gens qu’on aime, à des organisations qui vous paraissent importantes. Et puis on va peut-être aussi se dire qu’on va léguer une lettre, un objet, quelque chose qu’on a fait en commun avec quelqu’un.
C’est au fond assez positif, c’est se projeter dans l’avenir et se dire : qu’est-ce que j’ai envie qui reste de moi demain quand je ne serai plus là ? Cela va nous arriver à tous. Quel petit coin du cœur, quel petit coin de la table, de l’établi, de la cheminée j’ai envie d’occuper auprès des gens que j’ai aimés ?

SG : Quel est votre regard sur la transmission, sur la succession ?

IA : La succession souvent elle est assez réductrice, on en entend parler quand on va chez le notaire. On en entend parler pour les drames familiaux, malheureusement il y en a. Et moi, je crois que mon regard c’est un regard d’abord très large puisque je crois qu’on lègue aux générations futures l’état de la planète.
C’est le sens de mon engagement au WWF. On leur lègue aussi ce rapport qu’on a instauré avec la nature. Le bonheur de pouvoir voir des plantes, des animaux, des couchers de soleil. Je crois qu’en dehors de la succession intrafamiliale ou qui est reliée à un testament, il y a toute cette succession des valeurs.
Des valeurs de ce qui a compté pour nous dans la vie. Et de ce que l’on va léguer aux générations futures en se disant : voilà j’espère qu’ils vont reprendre la balle au bond. Que mon combat n’a pas été vain, que mes idées n’auront pas été vaines. Que mon amour n’aura pas été vain et que cela va servir à construire après moi.

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